L’aveu

L'aveu

Je dois vous faire un aveu. Je ne suis ni agricultrice, ni maman. Alors « Agrimom », j’aurais pu passer outre. Je suis une fille de ville, qui travaille en ville et qui a passé les 10 dernières années de sa vie sur les bancs d’université en sciences de la santé. Alors « Agrimom »… really !?!?

Mais voyez-vous, c’est que je suis « la blonde du fermier ». L’agriculture fait partie de ma vie, sans que je ne l’aie choisie. Le cadran à 5h00 du matin, les 7 jours par semaine, les deux traites par jour à l’heure des repas, les semences, les récoltes, le temps des sucres, le silo qui brise la veille du jour de l’an, la vache qui a besoin d’un petit coup de main pour vêler à 2h34 du matin, les tracteurs qui circulent sous ma fenêtre de chambre à 6h00 le dimanche matin… ça fait partie de mon quotidien de « blonde d’agriculteur ».

Qui prend mari prend pays… dit-on. Encore plus vrai pour les blondes d’agriculteurs. Nos chums ne sont pas mobiles. Avez-vous déjà essayé de déménager 130 bêtes, 400 acres de terre et une érablière? Pas facile. Alors qui prend mari, prend pays. Littéralement. Sans trop d’alternatives possibles. Ma maison, je ne l’ai pas choisie. C’est la maison « familiale ». Celle qui a vu grandir mon beau-père et mon chum. J’y ai pris place et je l’ai tranquillement fait mienne, comme les femmes qui y ont habité avant moi. Qui prend mari prend « horaire » aussi. Lundi ou samedi ou dimanche matin ou vendredi soir ou mercredi dans la nuit… ce n’est pas moi qui choisit… c’est la vache, c’est le foin, c’est la température, c’est le dégel du temps des sucres qui choisissent, à tour de rôle et de saison. Nous vivons au rythme de la nature et des animaux.

Et ne me faites pas mentir, ce n’est aucunement de la résignation. Ce n’est aucunement de l’aigreur. Je m’y sens si bien. Malgré les contraintes que peuvent apporter les obligations de mon chum, je m’y sens bien. J’aime ma maison, j’aime l’odeur des récoltes et le lait frais. J’aime le sirop d’érable. J’aime voir mon chum si heureux de ses bons coups de croisements génétiques et de son taux de gras qui augmente. J’aime le voir sortir de sa torpeur hivernale lorsque le temps sucres commence. Et j’apprends à tous les jours : cellules somatiques, retrait automatique, herses, videur central, crème à la menthe, pieds et membres, IPV, génomique, confort animal… je vous jure, j’apprends un nouveau truc tous les jours! Pour une fille de ville qui a quelques années d’université derrière la cravate, c’est assez impressionnant de voir la quantité de savoir et de savoir-faire que ces personnes qui nous nourrissent doivent maîtriser. Et je ne comprends toujours pas comment mon chum peut se rappeler le nom de ses 130 vaches à la simple vue de leurs taches ou de leur pis...

J’aime aussi le hamac entre nos deux arbres centenaires dans lequel je peux lire pendant que mon chum fait la traite, avec comme paysage la montagne et l’odeur du foin fraîchement coupé. J’aime la forêt qu’on peut visiter, en 3 minutes, été-automne-hiver-printemps. J’aime travailler à la ville… et revenir chaque soir à la campagne. J’aime les feux de camps improvisés. J’aime mon gros chien qui peut courir à son gré.

Outre ma vie à la campagne, j’aime aussi les cornets de crème glacée trempés dans le chocolat après ma partie de soccer, les vins et fromages et les yogourts 10% de gras au coconut … J’aime aussi les quiches, les pizzas maison au fromage de chèvre et le gâteau au zucchini avec glaçage pomme-fromage. Et tout ça… je le dois au moins en partie à ces agriculteurs qui gravitent autour de moi.

Bref, mon véritable aveu, c’est que j’ai embrassé le fermier… et son mode de vie. Et ça, ça fait mon petit bonheur.







5 réflexions au sujet de « L’aveu »

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  • 25 juin 2015 à 10:44
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    Bonjour,

    Ce matin, mon chum agriculteur, lisait cet article en ayant un petit frissonnement et il m’a demandé si c’était moi qui avait écrit cet article ! Un peu surprit, je me suis empressée de lire votre texte et j’ai du m’arrêter pour sécher mes yeux car il avait bien raison, j’aurais pu écrire cette article !! le chien et le hamac aussi !! Je me sens privilégié de partager la vie de mon agriculteur et sa famille depuis 5ans déjà. Ensemble nous avons 10 enfants, moi avec quatre et lui avec ses six enfants qui ont grandi dans cette maison. Ils ne vivent pas tous avec nous car la majorité d’entre-eux sont adultes. Les plus jeunes s’entendent à merveilles et nous avons beaucoup de plaisirs à être ensemble surtout en période de vacances scolaires. Les petits enfants sont aussi proches, ce qui ajoute à la tribu!
    Enfin tout cela pour vous dire que nous partageons le même type de bonheur et d’appréciation de ses gens qui nourrissent la terre et notre communauté ! Merci la vie !
    Vicky Villeneuve, aussi amoureuse des paysages des Cantons-de-l’Est !

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