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L'agriculture positive!

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Être agricultrice…

Être agricultrice…

C’est se lever aux aurores, parfois même avant que le coq ne soit lui-même réveillé. C’est rentrer tard le soir, souvent bien après le coucher du soleil. C’est se relever la nuit pour surveiller une vache en travail. C’est aller travailler la fin de semaine, les jours fériés, et pendant les vacances d’été. C’est arrêter de compter rapidement les heures travaillées durant la semaine, pour les remplacer par le nombre de jours en ligne, pour finalement, ne plus rien compter du tout et aller travailler, point. C’est être présent le jour de Noël le 25 décembre à 8h après la traite du matin jusqu’à 16h, avant la traite du soir, de même qu’au Jour de l’An. C’est planifier les repas des Fêtes à l’extérieur en fonction de notre calendrier de régie, et selon le nombre de vêlages prévus durant cette période.

Être agricultrice, c’est lorsque prendre une fin de semaine en amoureux signifie partir le samedi matin après la besogne, et revenir à temps pour celle du dimanche soir. C’est interrompre un dîner de famille, donné pour notre propre anniversaire, pour aller assister une vache qui vêle. C’est un dimanche après-midi tranquille à profiter du beau temps qui se transforme tout à coup en urgence vétérinaire, avec une césarienne (pour la meilleure vache du troupeau) juste avant la traite du soir. C’est se « virer sur un dix sous » et oublier notre belle planification de la semaine pour la remplacer par l’urgence de réparer un équipement qui fait défaut, rentrer du foin avant la pluie ou traiter une vache malade. C’est réduire ses attentes quant à la propreté de la maison, durant l’été surtout. C’est sourire mentalement la énième fois qu’on entend quelqu’un nous dire « Oui, tu commences tôt et tu finis tard, mais t’as plein de temps pour faire tes choses à la maison entre les deux traites ». C’est, parfois, se lever dix minutes plus tôt pour mettre en marche la machine à pain pour avoir de quoi manger au déjeuner, parce qu’on n’a pas encore eu le temps d’aller à l’épicerie hier. C’est remplir le congélateur de plats cuisinés maison au printemps, pour que ce soit prêt rapidement les grosses journées de travaux durant l’été.

Être agricultrice, c’est aussi pouvoir admirer pratiquement tous les levers de soleil, qui sont si beaux à la campagne. C’est sentir l’odeur de la rosée tôt le matin en se rendant à l’étable. C’est profiter du calme du matin, quand tout le monde dort et qu’il n’y a pas d’auto qui circule encore. C’est reconnaître le tracteur qui passe devant la maison juste au son, en incluant ceux des voisins. C’est connaître par cœur chaque animal de la ferme par son nom et son numéro sur le logiciel de régie, et pouvoir remonter quatre générations en arrière pour pratiquement toutes les bêtes du troupeau. C’est une génisse qui se colle à nous quand on gratte son parc pour recevoir sa caresse quotidienne.

Être agricultrice, c’est pouvoir arrêter la faucheuse et le tracteur deux minutes, le temps d’admirer la biche et son petit, au bord de la rivière, un après-midi d’été. C’est avoir une petite heure pour lire après le dîner durant l’hiver. C’est avoir plein de temps pour réfléchir à tout et à rien pendant qu’on passe des heures assise sur le tracteur, ou pendant la traite, alors que le reste du monde va trop vite. C’est être témoin du miracle des naissances plusieurs fois dans une année, et avoir la chance de vivre (presque) à notre propre rythme.

Être une maman agricultrice…

C’est acheter une vache par téléphone. De l’hôpital. Alors que notre petit dernier a à peine 24h de vie. C’est commencer son congé de maternité en entrant à l’hôpital pour accoucher, et le terminer en retournant à la maison quelques jours plus tard. C’est avoir le cœur qui arrête chaque fois qu’on entend un tracteur démarrer et qu’on n’arrive pas à avoir tous nos enfants en visuel. C’est expliquer à notre coco de deux ans que oui, ça lui ressemble, mais non, ce qui est dans le trou derrière les vaches n’est pas du chocolat. C’est se dire qu’une bouchée de sable, c’est finalement pas si pire en comparaison à tout ce que les enfants veulent manger à l’étable. C’est songer à utiliser le boyau à jardin pour nettoyer un enfant qui a trouvé la réserve de maïs moulu.

C’est avoir le cœur qui nous fend en deux quand notre fille nous dit « Je suis tannée que tu partes toujours à l’étable » en plein milieu de ses vacances de garderie. C’est changer les heures des traites trois fois dans l’année pour tenter d’arriver à tout concilier entre l’étable et la maison, et finalement devoir opter pour la situation la « moins pire ». C’est avoir son bureau à la ferme plein de pots de pâte à modeler, de feuilles pliées en éventails et de crayons de couleur éparpillés partout. C’est s’accrocher les pieds dans les jouets qui traînent dans les allées derrière les vaches.

Être une maman agricultrice, c’est lorsque notre fille trouve étrange que certaines personnes doivent acheter du lait à l’épicerie, alors que nous, on « l’achète aux vaches ». C’est lorsque papa, qui travaille sur la route, est meilleur pour mettre la crème solaire, parce qu’il a les mains douces, lui. C’est entendre notre conjoint comparer notre accouchement à un vêlage, pour rire…

C’est avoir autant de tracteurs et de machines agricoles dans la maison en version miniature qu’il y en a de vrais à l’extérieur. C’est la fierté d’aller à l’étable avec notre nouveau bébé pour la première fois, quelques jours après notre retour à la maison. C’est aussi avoir la chance que nos enfants viennent dîner à la maison en autobus durant l’année scolaire. C’est pouvoir prendre part aux différentes sorties scolaires en modifiant notre horaire de la journée. C’est de ne pas avoir à négocier quelques heures de congé pour assister aux concerts de fin d’année. C’est pouvoir regarder les yeux émerveillés de nos enfants qui voient un veau naître pour la première fois. C’est éviter les casse-têtes des journées pédagogiques en emmenant nos cocos avec nous à la ferme. C’est offrir un immense terrain de jeux à même la cour, sans avoir à se déplacer.

C’est parfois éreintant, souvent essoufflant. Et c’est aussi d’être émerveillée par leurs grands yeux chaque fois qu’ils entrent à l’étable avec nous, pour y découvrir un nouveau bébé veau…

La maison sans rideaux

La maison sans rideaux

Lettre à celle que j’étais il y a dix ans…

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