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Lettre à ma petite fille

Lettre à ma petite fille

Il y a de cela bien longtemps, j’ai rencontré ta mère. De cette union, toi et ton frère êtes nés. Jusqu’ici, malgré la séparation d’avec ta mère il y a déjà plus de quatre ans, j’avais tant bien que mal réussi à tenir ma promesse de toujours être près de toi. Cette année, le dogme a changé et le destin a tranché. Le changement a été difficile mais comme je sais que tu es forte, je sais que tu réussiras à te faire de nouveaux amis.

Je fus un peu étonné, au début de l’année, quand tu m’as demandé de recommencer à faire des expositions comme dans le temps. Ça m’a surpris parce que tu n’avais que quatre ans lorsque nous sommes allés à l’exposition provinciale la dernière fois. Le résultat d’un an de travail, qui, une fois rendu à l’expo devenait un travail d’équipe rodé au quart de tour. La préparation, les bagages, les décorations, les collations, les sandwichs sans oublier nos chèvres, car oui, pour ceux qui me connaissent ça nous est déjà arrivé d’en oublier une à la maison! Parlez-en à certains responsables d’Expo-Québec! Nous étions tout équipé, les camions, la remorque, la roulotte, les dépliants, les affiches, etc. C’était là la plus belle publicité que nous puissions avoir pour notre troupeau, et ce, en plus du fait que c’était pour nous des vacances. Le travail d’une année que ta mère mettait en valeur par son talent et son souci des détails. Que de souvenirs! Surtout quand on repense aux moments passés en bonne compagnie, par exemple d’autres éleveurs qui venaient en compétition contre nous mais avec qui on passait les plus belles soirées de l’année. On parlait de nos bébés, de nos bons et mauvais coups autour d’un verre, pour ensuite se coucher tard et revenir tôt le lendemain, le café à la main prêts à recommencer car l’année de compétition s’était terminée la veille.Cette passion était disparue car sans une bonne équipe, retourner exposer « mes filles » ne me disaient plus rien.

Lorsque tu m’en as reparlé la première fois, je savais ce que ça impliquait et je ne savais pas si j’en serais capable seul. Si ce n’eût été que du travail supplémentaire que ça amenait au moulin, cela n’aurait pas été un problème : quand t’en a fait 60-70 pourquoi ne pas en faire un peu plus, einh? Mais aller à l’expo, c’était surtout pour gagner… Et je devais, moi aussi être capable de retourner à la case départ et d’apprendre à ne pas être en tête. Car pour l’être, ça prend plus d’un an. Finalement nous y sommes allés. St-Hyacinthe nous a accueillis pour la première fois depuis cinq ans. Même si la fin du mois de juillet fut marquante pour moi à différents niveaux, ce dont je me rappelle le plus c’est de te voir venir me demander : « Papa est ce que je peux sortir Magaly de son parc pour la montrer aux enfants et qu’ils puissent y toucher? ». Je te voyais autour de tous ces jeunes provenant de camps de vacances, leur montrant ce que je t’ai moi-même appris… j’étais trop fier de ma fille!

Même si les résultats n’étaient pas au rendez-vous, j’étais le plus fier des pères.

Un mois plus tard quand l’occasion s’est présentée à nous, par l’entremise d’un très bon ami et de sa fille, tu n’as pas hésité et tu as laissé ta passion te porter à me demander de faire plus de neuf heures de route pour aller en compétition contre les meilleurs jeunes de l’est du Canada à Toronto. On n’était pas prêts pour ça mais nous allions apprendre, voir et comprendre. Je ne pouvais pas te dire non, car en plus, ça me donnait du temps de plus avec toi en dehors de ma garde normale. 

Nous nous sommes préparés comme nous avons pu, selon ce qu’on savait. Non, on n’a pas fini premiers mais on a eu le ruban rose et le mauve. C’est le plus important dans le fond non? Une fois dit comme ça, rien de plus simple, mais ce n’est pas de cette façon que ça s’est vraiment déroulé. Nous sommes passés par bien des émotions, c’est une joie de participer à cette grande exposition et de voir la grande famille que forment les 4H en Ontario. Elle a dû affronter la peine d’avoir perdu le seul pantalon blanc qu’on avait, le matin du jugement. Le courage d’aller en compétition contre des jeunes mais aussi de le faire contre des adultes. Quand elle est venue me voir pour me dire qu’elle était stressée pour l’expo, je lui ai dit qu’il n’y avait pas de honte à finir la dernière car elle n’avait que neuf ans et elle m’a répondu : « C’est sûr que se faire battre par une fille de neuf ans ça doit être plus difficile à vivre! Et elle m’a battue à St-Hyacinthe. » Il faut aussi beaucoup de patience, d’attendre dans un camion pendant 20 heures et 2500 kilomètres sur deux jours de route en plus que papa n’arrête que pour l’essentiel!

Oui, elle a appris!

Cette année ma fille a grandi… j’ai vu la fillette s’effacer et laisser apparaître une jeune fille.

Moi aussi j’ai appris… À un certain moment, j’étais en train de faire la préparation d’une chevrette sur le bout de l’allée du parc, la tête baissée et concentré à ne pas faire de fausses coches j’ai senti une ombre derrière moi, une présence. C’était un jeune garçon avec une déficience. Il était là, debout, le sourire plus grand que nature et il ne disait rien mais son regard voulait tout dire. « Est-ce que je peux lui toucher? » Je l’ai pris et l’ai placé avec notre chevrette Wake pour la pose. Si vous l’aviez vu… Si vous aviez vu le visage de sa grand-mère… Comme dit l’annonce… « Ça n’a pas de prix! »

J’ai appris…. Oui j’ai appris!

Non papa n’est pas toujours là, non papa n’a pas choisi le métier le plus facile du monde…

Papa a choisi comme travail de semer, de faire de son mieux, non seulement pour donner la vie mais aussi pour la faire grandir, pour être là à tes côtés, à chaque fois, que ce sera possible et nécessaire. Pour que la période de croissance soit la plus longue possible et pour avoir le temps de te montrer que les racines fortes font les grands arbres et que de ceux-ci coule l’eau qui nourrit le savoir de la prochaine génération.

J’ai appris… Oui, papa a encore appris aujourd’hui à son travail!

Mon village Rémigny

Mon village Rémigny

Tout simplement fière!

Tout simplement fière!