Agrimom.jpg

L'agriculture positive!

Bienvenue sur le blogue d'Agrimom!

Le jour où notre monde s’est effondré

Le jour où notre monde s’est effondré

Dimanche le 17 juillet 2016, aux petites heures du matin, toute ma petite famille dort paisiblement. La veille nous avions fait un road trip à Ferme-Neuve pour notre sortie annuelle au pique-nique Holstein. Après une grosse journée de route et de visite, nous étions revenus à la maison un peu après minuit, fatigué, mais avec le cœur rempli de bons souvenirs.

À 4h30 le téléphone sonne, chose habituelle pour nous producteurs laitiers. Probablement encore un vêlage et mon beau-père a besoin d’aide. Mon chum n’a pas le même ton que d’habitude et se met à trembler. Il raccroche en panique et me crie d’appeler ma mère pour garder les enfants, il y a le feu à l’étable!

Encore endormie, je ne suis pas certaine d’avoir bien compris. Quoi ? DÉPÊCHE-TOI, L’ÉTABLE EST EN FEU!!!! Je réalise alors que la chose que tout agriculteur redoute est en train de nous arriver. L’appel que personne ne veut recevoir venait de survenir.

Tout se bouscule dans ma tête. C’est assez vague quand on y pense, qu’est-ce qui brûle ? Les vaches ? La machinerie ? La vacherie ? L’étable à taures ? La laiterie ? Le hangar ? Le dôme ? Un petit feu qu’on éteint avec un extincteur ? Un moyen feu qui nécessite les pompiers, mais qui nous laisse le temps de sortir les animaux ? Un embrasement généralisé où on ne peut rien faire ?

J’agrippe mon cellulaire et je compose machinalement le numéro de ma mère en espérant qu’elle va répondre. Je ne peux pas m’imaginer emmener mes enfants à l’étable en pleine nuit pour un feu et c’est impensable que je reste à la maison sans rien faire. Heureusement ma mère répond. Tout ce que j’ai su lui dire fut : ‘’il y a le feu à l’étable, mes enfants dorment, vient vite les surveiller, je pars!’’ Puis je raccroche. Quelques secondes plus tard je la rappelle pour m’assurer qu’elle m’a bien compris et qu’elle s’en venait bel et bien à la maison. J’enfile les premiers vêtements que je trouve et je saute dans ma voiture. Je croise ma mère dans la cour et je pars à toute vitesse.

Ma tête tourne à 100 milles à l’heure.

Je revois le plan d’évacuation à faire en cas d’incendie que nous avions discuté à maintes reprises mon chum et moi. Puis tout s’arrête, je lève les yeux et dans la lueur du jour qui commence à peine, je vois cette énorme boule de feu rouge et cet épais nuage de fumée noire dans le ciel devant moi. Il me reste 2 km à rouler avant d’arriver à destination, mais je comprends qu’il est déjà trop tard. Tous ces plans et ces scénarios ne serviraient à rien! J’entends des sirènes retentir devant et derrière moi, je passe tout droit au stop du village que je vois bien la police essayer de m’arrêter, ma ferme est en train de brûler! J’arrive enfin, les pompiers sont déjà sur place et commencent à dérouler leurs boyaux d’arrosage.

Je vois une scène d’horreur devant moi, l’étable brûle de partout! Un grand frisson me traverse le corps et un cri de mort sort de moi : RÉMIIIIII! Où est mon mari? Lui qui était parti une dizaine de minutes avant moi et dont les vaches sont toute sa vie, était-il assez fou pour être entré dans la grange pour essayer de sauver ses bêtes?

Un policier a essayé de me bloquer l’accès, mais vous n’avez jamais vu une fille courir aussi vite en direction de l’étable. Je pense qu’à ce jour, je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie! J’ai continué à hurler son nom et il a fini par sortir de la laiterie, qui était soit dit en passant, la seule partie de l’étable qui n’était pas en feu. Il m’a dit qu’il n’y avait plus rien à faire pour les animaux et d’essayer de sortir le plus de choses possibles de la laiterie avant qu’elle ne s’embrase! Quand on dit que sous l’adrénaline on devient fort comme hercule et bien je vous confirme que c’est vrai! Du haut de mes 4 pieds 11 j’ai sorti des retraits doubles sur rails à bout de bras comme si je portais un oreiller! Après quelques allers-retours à la course entre la laiterie et le champ, les policiers ont fini par nous bloquer l’accès, car ça devenait trop dangereux d’y retourner.

Je me suis donc éloignée de l’étable et en me retournant c’est là que j’ai vu l’ampleur des ravages de l’incendie! Mes jambes furent sciées en deux et je me suis effondrée au sol. Je n’arrivais plus à respirer, la panique s’est emparée de moi! Ce fut de très courte durée puisque dans ce blackout total j’ai quand même entendu au loin un pompier crier que des vaches avaient réussi à sortir et couraient un peu partout. D’un bond j’étais de retour sur mes pieds et je courais en direction du pompier.

Il y avait une quinzaine de taures et vaches qui couraient derrière l’étable à taures. Mon mari, des voisins, des pompiers et moi avons essayé de les diriger dans le dôme, mais des animaux paniqués qui ne sont jamais sortis dehors ça ne coopèrent pas vraiment. Malheureusement certaines d’entre elles sont retournées dans l’étable en feu. Nous avons de peine et de misère réussi à en envoyer un petit lot dans le dôme. Nous sommes ensuite partis chacun de notre côté essayer d’attraper celles qui étaient dans la rue ou sur les terrains avoisinants. En tout, nous avons réussi à ramener seize bêtes dans le dôme. A ce moment, les vétérinaires ont dus faire un triage déchirant. Celles qui étaient trop brulées ou dont les poumons étaient affectés par la fumée furent euthanasiées sur le coup. Seulement 8 d’entre elles ont survécu!

Une fois sortis du dôme c’était un paysage de désolation, le feu avait diminué et la pelle mécanique était en train de jeter par terre ce qui était encore debout. Les cadavres de nos 165 vaches gisaient au travers des décombres. Nous regardions la scène, impuissants. Ce sont ensuite succédé devant nous des enquêteurs, policiers, assureurs, voisins, parents et amis, journalistes, et de nombreux inconnus. Le reste de la journée, je n’en ai plus ou moins souvenir, j’étais en mode survie!

En milieu d’après-midi j’ai fini par me rappeler que j’avais des enfants et qu’ils n’étaient au courant de rien. J’étais anéantie et épuisée. Comment allais-je réussir à annoncer cette terrible nouvelle à mes enfants ? Ils sont si petits, comment allaient-ils comprendre à trois et cinq ans que notre étable et leurs vaches étaient partis en fumée? Comment allais-je réussir à les consoler si moi-même j’étais inconsolable? Ils avaient passé une belle journée chez ma mère à l’abri de tout ce drame. Il me fallait trouver les bons mots à leur dire et à chaque fois que j’y songeais, j’éclatais en sanglots.

Je suis d’abord allée à la maison prendre une bonne douche et me changer. Si je me rendais chez ma mère tel quel, c’est certain que j’allais les traumatiser à ma seule vue! J’étais couverte de cendre, sang et boue. Je sentais le feu mélangé avec cette odeur horrible de vaches calcinées. Une bonne douche, ça aide à replacer les esprits! Il ne faut jamais sous-estimer l’instinct maternel.

Une fois rendue chez ma mère, je me suis assise sur la balançoire avec mes enfants et j’ai commencé à leur parler tout doucement. J’ai pris la peine de leur dire en premier lieu que j’avais passé la journée à l’étable avec papa, grand-papa et grand-maman et qu’ils se portaient tous bien. Puis j’ai commencé à leur expliquer qu’il était arrivé quelque chose de triste à nos vaches. Pendant qu’elles dormaient tranquillement, un feu a commencé à bruler dans la paille ce qui a causé un énorme nuage de fumée noire. Cette fumée a fait endormir les vaches pour toujours. Elles sont mortes tout doucement sans souffrir et elles sont parties rejoindre les étoiles dans le ciel. Nous sommes chanceux, car 8 d’entre elles ne dormaient pas et sont sorties dehors. Je leur ai ensuite expliqué que la ferme avait complètement brulé à cause des flammes. Nous avons pleuré ensemble, collés les uns contre les autres, mais tout s’est passé sereinement!

Je suis ensuite retournée auprès de mon mari à l’étable. C’est ainsi que s’est passé le jour où notre monde s’est effondré!

Le lendemain matin, nous avons amené les enfants voir nos survivantes. Ce fut un moment rempli de bonheur et d’amour! C’est en voyant les étoiles dans les yeux de mes enfants que j’ai compris que nous avions encore le plus important, notre famille! Une lueur d’espoir brillait à l’horizon!

Ce matin là, nous avons décidé de prendre un jour à la fois. La vie ne sera plus jamais comme avant, mais notre avenir nous appartient! Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort! Nous allons vivre notre deuil puis nous retrousser les manches et rebâtir notre rêve, notre vie!

Rencontre sucrée version 2.0

Rencontre sucrée version 2.0

Je ne sais pas si c’est parce que je vieillis mais…

Je ne sais pas si c’est parce que je vieillis mais…