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L'agriculture positive!

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Qui prend homme, prend pays

Qui prend homme, prend pays

Comme beaucoup d’autres gens, je n’ai pas choisi où j’allais atterrir, mais seulement avec qui je voulais faire ma vie.

Quand nous avons décidé que j’emménageais avec lui, je devais vendre ma maison et partir vers l’inconnu. Les premières années, il travaillait pour un producteur laitier et de grandes cultures. Je travaillais dans l’industrie laitière, chez Agropur. Il était aussi actionnaire à la ferme familiale avec ses parents, où il allait aider les soirs d’automne pour les labours, l’hiver pour les bûchages et les sucres au printemps. J’allais aussi l’aider les fins de semaine ou lors de mes congés, l’hiver et le printemps.

Quelques années après mon arrivée, je me suis réorientée et j’ai débuté des études à la maison afin d’être plus présente pour mon fils, pour me permettre de souffler et pour aider mon amoureux.

À la fin de 2013, il a acquis une deuxième érablière qui n’est pas sur le même site que la première. Nous avons entièrement changé les chutes, rénové les stations de pompage, renouvelé certains équipements désuets, déménagé tous les équipements de production, dont la fournaise, car cette érablière était plus grosse et plus facilement accessible. C’était beaucoup de travail, six à sept jours par semaine dans le bois, beau temps, mauvais temps, neige, verglas, pluie, grand froid, etc. Au printemps aussi ce fut difficile, deux sites à superviser, transporter l’eau, osmoser aux deux places, etc. Une chance que ses parents nous aidaient. Mais le pire pour lui c’était qu’il devait faire une heure de route pour se rendre et encore pour revenir, car il faisait la traite à 5 heures le lendemain matin. Il faut spécifier qu’il travaillait chez un producteur du côté opposé de la rivière par rapport à sa propre ferme afin de conserver la garde partagée de son fils. L’été, il pouvait compter sur le traversier, mais l’hiver, si le pont de glace n’était pas ouvert, il devait faire le «tour» comme au printemps.

En 2014, nos vies ont changé, car mon beau-père a reçu un diagnostic de cancer. La souffrance et les traitements l’ont empêché de faire les travaux. Mon conjoint a alors décidé de quitter son employeur pour prendre la relève au pied levé au début mai, avec femme et deux enfants à l’école. Dans deux écoles différentes de l’autre côté de la rivière !

Nous avons vécu de façon rudimentaire à la cabane à sucre durant sept mois. Les premiers mois en voyageant les enfants à l’école matin et soir de l’autre côté, vive le traversier. Ensuite, j’ai changé le mien d’école pour la rentrée d’automne. Le sien restait à la même école dans la municipalité de sa mère.

Nous étions plus loin de la famille avant de déménager et de prendre la relève. Comme la réalité est toute autre avec la proximité, j’ai redécouvert ma belle-famille avec tout ce que ça implique. Eux aussi ont réappris à me connaître.

Comme vous savez, arriver quelque part de nouveau, c’est angoissant et déstabilisant. J’ai eu de la difficulté à m’adapter. Heureusement, que les journées étaient longues et bien remplies, je n’avais pas trop le temps de penser. Mais je ressentais quand même, au fond de moi, une sensation inconnue jusqu’alors. Je me sentais déracinée, ce n’était pas chez moi. Je ne me sentais pas chez moi NULLE PART ! Pas simple ça.

Lueur d’espoir, nous avons acheté une maison à nous. Nous n’avons jamais pu l’habiter parce qu’en débutant les travaux de rénovation, nous avons fait des découvertes qui n’avaient pas été vues lors de l’inspection. S’ensuivi une épopée judiciaire de quatre ans, quelques mois et beaucoup d’argent en moins, de temps perdu et de stress supplémentaire. Au moins, nous avons pu la vendre à quelqu’un qui, en connaissance de cause, avait le temps et l’argent pour lui donner l’amour dont elle avait tant souffert.

Donc, retour au point de départ, nous ne pouvions pas l’habiter et la cabane à sucre c’était temporaire, les chemins de champs l’hiver, c’est difficilement praticable en voiture pour aller porter les enfants à l’école.

Miracle, en décembre, après une tempête où la poudrerie nous a envoyés dans le fossé en tracteur (de soir, piquets délimitant le chemin trop espacé, grosse poudrerie et voilà !). Nous avons enfin trouvé une maison à louer à deux kilomètres de la ferme. Nous l’avons habitée deux ans, jusqu’à ce que la maison que nous convoitions depuis plusieurs années, dans le rang plus haut et à deux cents pieds de ses autres terres, soit enfin à vendre. Nous l’avons achetée et nous avons enfin pu respirer de joie pour cette nouvelle stabilité tant attendue.

Ce n’étaient que quelques péripéties parmi tant d’autres, depuis notre changement de vie.

Maintenant que c’est passé, que nous avons enfin notre pied à terre et que je regarde à rebours tout ce que nous avons vécu, je me rends compte que l’amour que nous avons l’un pour l’autre nous a tenu au chaud et au sec alors que la tempête s’acharnait contre nous.

Je n’ai pas choisi de m’établir ici, mais j’ai choisi l’homme que j’aime, alors son patelin est aussi le mien. J’ai dû l’accepter et en voir les beaux côtés afin de mieux l’apprécier. Je n’avais pas le mal du pays, mais cette campagne n’était pas comme la mienne. Oui, les champs sont des champs, les forêts des forêts, mais ce n’est pas la terre où mes racines étaient. La terre ici ne m’a pas vue naître, ni mes parents, grands-parents et arrière-grands-parents. Ici, j’étais une importée, déracinée qui étouffait parfois d’avoir les racines nues ou même coupées.

Chaque jour, je prends le temps de regarder par ma porte-patio parce que la vue que j’y ai est très ressemblante à celle que j’avais jadis devant la maison chez mes parents. Chaque jour est un pas de plus pour importer, ancrer et planter mes racines dans ma nouvelle réalité. Chaque jour me présente un nouveau défi. Chaque jour m’apporte ses surprises et ses petits bonheurs. Chaque jour, mes racines s’implantent de plus en plus dans cette terre qui n’est pas mienne, mais qui est sienne. Elle est chère à son cœur autant que je le suis. Pour toutes ces raisons, je m’implante par amour et pour l’amour.

Oui, sa terre ne sera jamais la mienne, mais c’est à moi d’y ajouter du mien pour qu’elle me ressemble afin qu’elle devienne la terre de nos enfants, des leurs ensuite et qu’ils se sentent enfin à la maison.

Après quelques années j’ai compris que, malgré une pointe de nostalgie qui, maintenant, s’estompe doucement lorsque je retourne vers ma terre natale, j’avais pris homme et maintenant j’étais éprise de son pays.

Fin de l'hiver

Fin de l'hiver