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L'agriculture positive!

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Renaître de ses cendres

Renaître de ses cendres

« Un violent incendie a ravagé une ferme laitière à Saint-Mathias-sur-Richelieu, en Montérégie, causant la mort de 160 vaches le 17 juillet 2016. »

Que faire quand on a tout perdu, quand notre monde s’envole en poussière, quand du jour au lendemain on se retrouve sans travail et qu’on doit faire le deuil de nos bêtes? On a le choix de s’effondrer et partir à la dérive ou de se retrousser les manches et continuer. Nous avons choisi cette deuxième option, pour nos enfants, pour notre amour des vaches et pour nous. La résilience, cette capacité à rebondir suite aux épreuves difficiles, nous a permis de remonter à la surface et de retrouver le bonheur. On dit que la vie met sur notre route des obstacles que nous saurons surmonter. Après cette tragédie, nous ajouterions que la vie met aussi des personnes sur notre chemin pour nous aider à surmonter ces épreuves. Sans le support et l’aide des gens autour de nous, la montagne aurait été beaucoup plus difficile à gravir.

Tant de questions nous ont hantées. Une grande culpabilité nous habitait, aurions-nous pu sauver nos animaux ? Si nous étions restés sur place au lieu d’aller au pique-nique Holstein, aurions-nous pu prévenir l’irréparable ? Mais à quoi bon se morfondre, nous n’aurons jamais de réponse…..

Ironiquement, dans le passé, dans des moments plus difficiles, j’ai secrètement souhaité de ne plus avoir de vaches, d’avoir une vie dite plus « normale ». Je me suis souvent demandé comment serait notre vie si nous avions un horaire typique du lundi au vendredi de 8h à 17h, avoir nos week-ends de congé et 3 semaines de vacances par année. Et voilà que tout d’un coup les vaches ne sont plus là, mais un grand vide m’habite et je ne sais plus quoi faire de ce temps libre.

Les nuits sont courtes et le sommeil très agité. On se réveille en sursaut plusieurs fois par nuit, soit parce que nous venons de penser à un item à ajouter à la réclamation aux assurances, soit à cause d’un cauchemar sur le feu ou tout simplement parce qu’il est « 4h30 du matin », heure à laquelle nous avons reçu l’appel qui allait tout changer. J’ai longtemps pensé que j’étais condamné à me réveiller à 4h30 pour le reste de ma vie. Nous avons dû nous résoudre à prendre des somnifères, car la fatigue gagnait trop de terrain et il nous devenait difficile de réfléchir et bien fonctionner. C’est très déstabilisant et angoissant de se retrouver face au vide. Nous dont la vie roulait à plein, nous tournions maintenant en rond, sans projet, sans but!

Maintenant qu’est-ce qu’on fait? C’est le temps de décider si on rebâtit, si on veut toujours être producteurs laitiers. Étant une petite fille de la ville qui avait déjà un métier en dehors de l’agriculture avant de rencontrer mon mari, je savais que la vie était possible sans ferme et que je pouvais y trouver mon compte. Pour mon conjoint c’était une toute autre histoire. Ayant grandi sur la ferme de son père, il n’avait rien connu d’autre. À 5 ans, il trayait déjà les vaches et à 10 ans, il conduisait des tracteurs. Il n’a jamais travaillé chez Mc Donald, dans des camps de jour ou été plongeur dans le restaurant du coin. La ferme et ses vaches, c’est toute sa vie. Il savait depuis toujours qu’il voulait être producteur laitier comme son père, son grand-père et son arrière-grand-père l’avait été avant lui!

Je n’ai jamais vu mon homme aussi désemparé, lui qui avait toujours été mon phare, sa lumière était éteinte. Je devais prendre soin de ma famille et rester forte pour lui, pour nous. Je me sentais souvent impuissante face à sa tristesse et son désarroi. Étant un homme de peu de mots, il était difficile de le comprendre et de l’aider. Comme je me suis mariée pour le meilleur et pour le pire, il m’était impensable d’abandonner mon complice des treize dernières années dans ces moments difficiles. Je me suis donc armée de patience et d’amour et nous avons traversé la tempête ensemble!

Quand tout ce que tu as connu est parti en fumée, il y a de quoi en perdre ses repères. Une page blanche s’ouvrait devant Rémi. S’il le voulait, diverses possibilités s’offraient à lui comme retourner aux études, travailler pour un autre producteur, offrir ses services à n’importe lequel de ses fournisseurs, continuer seulement en grande culture, s’établir ailleurs, choisir une autre production, etc. Je lui ai réitéré que peu importe sa décision, je le suivrais et le supporterais dans ses démarches. Il a réfléchi, on en a longuement parlé, pour conclure qu’il aimait toujours son métier et que c’est ce qu’il souhaitait encore faire. J’ai donc accepté de plonger dans le vide avec lui et de monter le plus gros projet de notre vie. Par contre, la femme et la mère en moi avait une toute petite condition : construire en fonction d’avoir une meilleure qualité de vie, d’avoir plus de temps pour nous et pour les enfants. Nous avons appris que la vie peut basculer en un instant, il faut donc en profiter au maximum. Nous sommes maîtres de notre bonheur, l’avenir nous appartient!

Nous avons fait tout un marathon! En 3 mois nous avons :

  • rempli l’incroyable paperasse des assurances;

  • nettoyé le site de l’incendie;

  • fait nos récoltes et travaux dans les champs;

  • rencontré nos créanciers;

  • rencontré des fournisseurs et ingénieurs;

  • élaboré des plans,

  • visité plus d’une vingtaine de fermes.

Les producteurs visités ont été tellement accueillants et généreux envers nous. Ils nous ont ouvert tout grand leurs portes, partagé leurs bonnes et moins bonnes expériences et donné de très bons conseils. Nous avons été chanceux, car tous les astres étaient alignés pour que notre projet démarre rapidement. Le 1er coup de pelle sur le nouveau chantier a eu lieu le 17 octobre 2016, soit exactement 3 mois jour pour jour après l’incendie. Et nous voilà face à la gestion d’un énorme chantier de construction avec son lot quotidien de stress et de décisions à prendre.

Les mois suivants furent une montagne russe d’émotions. Nous avons vécu des hauts et des bas, tout un tas d’autres questionnements, des hésitations, des chicanes, beaucoup de fatigue, des courbatures, mais aussi de beaux souvenirs, des fous rires, de nouvelles amitiés, la découverte de nouveaux talents, des apprentissages à profusion et de nombreux défis. J’étais la seule fille sur un gros chantier rempli d’hommes, croyez-moi, j’en ai vu et entendu des choses loufoques! J’ai mis la main à la pâte et j’ai aidé du mieux que j’ai pu. J’étais loin d’être la meilleure et la plus rapide, mais je me disais que ce que je faisais, les autres n’avaient pas à le faire, sauf quand je me trompais et qu’ils devaient réparer mes gaffes!

Tout au long du projet, nous nous sommes inlassablement remis en question. Avions-nous bien fait de reconstruire? Est-ce que notre plan était bon? Avions-nous bien choisi nos équipements? Serons-nous prêts à temps? Serons-nous aussi passionnés et efficaces qu’avant? Bref prendre la décision de reconstruire était la pointe de l’iceberg, nous étions loin de nous douter de la complexité de ce projet.

Tous nos efforts furent récompensés le 29 juin 2017, journée où nous avons commencé le nouveau chapitre de notre vie. Nos nouvelles vaches faisaient leur entrée dans notre étable version 2.0, à la fine pointe de la technologie. Les robots de traite étaient enfin en fonction et on commença à traire nos premières bêtes. Dans nos têtes et nos cœurs, le pire était derrière nous, mais nous avons vite réalisé que démarrer des robots avec des vaches que nous ne connaissions pas était tout un défi. Mais ça, c’est une autre histoire! Quel moment mémorable et émotif quand deux jours plus tard, le camion à lait fit son grand retour chez nous ! Nous étions officiellement redevenus producteurs laitiers!

J'aurais donc dû

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15 hivers

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